Shoah archive expanding to include testimonies of Rwandan genocide

Posted: November 10, 2011 in News
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The USC Shoah Foundation Institute is expanding its visual history archive to include video recordings of testimonies about genocides other than the Holocaust, starting with a collection of 50 testimonies by survivors of the 1994 genocide of Tutsis in Rwanda.

It will be the first time the institute will incorporate into its archive of almost 52,000 videotaped Holocaust-related testimonies the voices of those who experienced other genocides—and it is sure not to be the last.

“We are not trying to compare human suffering,” said Stephen D. Smith, the institute’s executive director, who said that the institute had plans to incorporate voices from the Cambodian and Armenian genocides into the archive in the near future. “What we’re trying to do is document each of these experiences with depth and dignity.”

Some video recordings of Rwandan survivor testimony do already exist, Smith said, but this project, which will cost about $500,000 and is expected to be completed by the end of 2012, will ensure that the Rwandan testimonies are as easily accessible and searchable as the institute’s Holocaust-related testimonies are.

The Rwandan project is being conducted in partnership with the Kigali Genocide Memorial Center, an institution based in the Rwandan capital that was established in partnership with the United Kingdom-based Aegis Trust, an organization Smith founded before he came to the institute two years ago.

Over the course of the coming year, a group of Rwandans, including three survivors who are now being trained at the institute, will prepare the video recordings for inclusion in the archive. They will translate the testimonies from Kinyarwanda into English, add subtitles to the videos, and attach tags to the testimonies in the same way that the Shoah archive’s Holocaust-related holdings already are classified.

Karen Jungblut, the institute’s director of research and documentation, is directly responsible for the Rwanda project. Jungblut started out as an indexer in 1996, just two years after the foundation was founded by Steven Spielberg, and ten years before it moved its archive to the University of Southern California, in 2006, to become the USC Shoah Foundation Institute.

She said the expansion of the archive to include testimonies about other genocides didn’t constitute a shift of the organization’s mission.

“The mission of Shoah has always been ‘To overcome prejudice, intolerance, and bigotry—and the suffering they cause—through the educational use of the Institute’s visual history testimonies,’” Jungblut said.

“At that time it was a conscious decision not to say ‘Holocaust testimony,’ with the view that it would open the door to including testimonies of survivors of genocides other than the Holocaust,” Jungblut said.

While most of the first batch of Rwandan testimonies will be from survivors, some voices of rescuers will be included. On Nov. 6, Jungblut herself interviewed Roméo Dallaire, the general who served as the commander of the United Nations’ force in Rwanda who stayed behind when the rest of the forces pulled out just days before the genocide began.

“It’s hard to describe in words,” Jungblut said of the three-and-a-half hour interview with Dallaire. Jungblut said that Dallaire told her that although he had tried his best, he did not feel as if he had done enough. Moreover, Jungblut said, Dallaire felt that the international community let him down.

For Smith, the opportunity to compare the “causes and consequences” of different genocides can lead to discoveries. The Rwandan Genocide, Smith said, bore remarkable similarities to the experience in 1941 of Lithuanian Jewry.

“I spent a lot of time in Lithuania,” Smith, who has spent his career studying the Holocaust of European Jewry, said. “When I got to Rwanda, I recognized it so well: Localized, neighborhood-driven, collaborator-driven killing. By hand.”

Smith hopes that the expansion of the archive to other genocides will help the institute advance its educational mission, by illustrating the universality of genocide, that what happened in one place because of one set of ideologies has—and, indeed, can—happen in another place, at another time, because of a different set of ideologies.

“Being able to listen to survivors from a range of experiences is going to give [students] a better literacy around these issues, and inspire them to be more sensitive,” Smith said.

Source: http://www.jewishjournal.com/bloggish/item/shoah_archive_expanding_to_include_testimonies_of_rwandan_genocide_20111108/

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Interrogés sur l’efficacité militaire des massacres de civils inoffensifs, femmes, vieillards, bébés, les «génocidaires» restent bouche bée. Le concept de génocide leur échappe. Les yeux se vitrent à l’idée d’un libre arbitre avant le passage à l’acte, à l’évocation de l’idée d’une conscience personnelle du Bien et du Mal. «L’homme qui tue une fois ne peut plus s’arrêter. Il se passe quelque chose dans sa tête. Moi je ne savait même plus quel jour on était, si c’était le matin ou le soir. Tout était dans le sombre», tente d’expliquer Benoît, le regard vacillant. A Karongi, dans la préfecture de Kibuye, ses élèves tutsi ont été massacrés. Straton, lui, avait été élu bourgmestre en mai 1993 à Karengera, au Sud-Est, au titre de l’opposition. Il appartenait au Parti social démocrate (PSD). Avec Israël, un ancien conseiller municipal, il raconte les divisions de l’opposition et l’apparition du Hutu power, la formule consacrée par le parti présidentiel pour élargir le cercle contre le FPR. L’idée était d’empêcher le renversement de la «Révolution sociale de 1959» conçue comme la prise du pouvoir par la communauté hutu.

Les anciens du PSD se rappellent comme d’un tournant le discours d’un dirigeant du principal parti d’opposition, le Mouvement démocratique républicain (MDR), Froduald Karemera (l’un des premiers condamnés à mort et exécuté par le FPR). Froduald Karamira était en rupture de ban avec la ligne unitaire du Premier ministre MDR désigné dans les accords d’Arusha, Faustin Twagiramungu. Un jour de meeting, fin 1993, il a battu le rappel des partisans du Power sans jamais prononcer le mot Hutu. Tous en ont retenu que l’union ferait la force des Hutu contre les Tutsi, en général. Un autre détenu explique comment bourgmestre et gendarmes ont laissé mettre à mort publiquement un Tutsi pour donner le «bon exemple» à ceux qui n’étaient pas au courant de la solution finale imaginée par le gouvernement intérimaire du 9 avril. «C’était le 13 ou le 14 avril», se souvient un prisonnier. «Le bourgmestre n’a pas dit que ce n’était pas acceptable. C’est comme ça que le massacre a commencé à faire des pillages», ajoute-t-il.

Cent jours de massacres sans relâche, c’est long. Mais «vous ne pouvez pas vous demander pourquoi vous décidez de tuer des amis. Normalement, devant quelqu’un d’affamé par exemple, on se sent touché. Mais là, on n’avait plus besoin de se regarder avec les Tutsi», poursuit Benoît qui parle de Tutsi «modérés» et qui s’exclame: «vous pourriez aussi me demander pourquoi, pendant que je tuais des Tutsi, je cachais d’autres Tutsi sous mon lit». Il n’a pas d’explication. Mais s’il est revenu du Zaïre pour se rendre, c’est parce qu’il avait «la nostalgie du pays» sans pour autant se sentir le cœur d’affronter le regard des autres sur sa colline natale, l’œil aussi qui habite ses cauchemars. «J’ai tué beaucoup de gens. Je voulais être puni et me reposer», glisse-t-il, ajoutant «je ne peux pas me donner une cause raisonnable pour expliquer un seul mort. Moi non plus je ne peux pas expliquer comment quelqu’un qui a été à l’école peut prendre une machette ou une massue et tuer un être humain comme lui. Mais cela a été et je l’ai fait».

Pendant le génocide, Mathieu l’infirmier a succédé comme bourgmestre à un prédécesseur assassiné parce que Tutsi. Accusé en col blanc, l’ancien directeur de la prison de Butare y séjourne à son tour. Certains prisonniers ont tué une partie de leur propre famille, exterminant des parentèles complètes de gendres ou de beaux-frères. «Si un Tutsi meurt, il y avait peut-être de l’argent ou une fortune chez lui. Mais il y avait une haine historique entre les Hutu et les Tutsi», explique un détenu en avouant, à 42 ans, «moi non plus je ne connais pas l’histoire des Hutu et des Tutsi. Mais en voyant des gendarmes avec leurs fusils nous appeler pour faire la chasse aux Tutsi, je me suis dit qu’il y avait peut-être un secret du gouvernement. Alors, j’ai décidé de le faire». Le message des autorités locales était clair: «tuez et prenez!».

A Butare, la pluie battante noie les yeux d’un jeune francophone jadis employé au contrôle de qualité des allumettes, à l’usine locale. Il s’appelle toujours Innocent. En 1994, il habitait chez un capitaine des Far. Quand ce dernier lui a demandé d’accompagner un milicien pour exécuter deux jeunes filles fréquentant leur maison commune, sa faible résistance a rapidement cédé. Les deux jeunes gens ont choisi le crépuscule «pour ne pas voir le visage des filles». Mais ils ont mal fait «le travail» ordonné par les «autorités intérimaires» en tournée à Butare après l’exécution de son préfet tutsi. Une survivante de quatorze ans s’est traînée jusqu’à la maison. En gage de bonne volonté, le capitaine a demandé à son hôte de l’achever. Ce faisant, Innocent a «vu les yeux de la fille et entendu ses supplications bredouillantes». Depuis, «elle est dans ma tête», chuchote-t-il. Les jours de visite, sa femme fait la longue marche depuis sa colline, la tête chargée de nourriture. Elle est tutsi. «Je n’en savais même rien. Elle était ma fiancée en 1994. Mais avant, je n’avais jamais parlé de ça avec elle», dit-il, «moi, je viens de Ruhengeri».

A les en croire, en dehors de la «commune renommée locale», les Rwandais ne savent guère distinguer un Hutu d’un Tutsi hors de leur propre colline. Ils se déclarent en général incapables de donner une définition claire de ces «distinctions scandaleuses», dit l’un, malgré les prétendues caractéristiques enseignées à l’école, pour ceux qui y sont allés. Outre les mariages intercommunautaires et les changements d’identifications intervenus au gré des intérêts du moment, les statures forgées dans la pauvreté rurale n’ont souvent rien à voir avec l’imagerie des «longs et des courts». Sortis de l’enclave rwandaise, les visages sont ceux de la sous-région. Un ancien des milices Interhahamwe rappelle qu’eux mêmes se sont souvent trompés. Ils ont donc poursuivi leurs basses œuvres en faisant le tri avec les pièces d’identités frappées des mentions Hutu, Tutsi et Twa. Il y avait aussi des listes de «riches tutsi que le bourgmestre donnaient parfois au micro» pour que gendarmes et miliciens sachent qui il fallait sortir du stade de Cyangugu rempli de réfugiés, pour le conduire à l’abattoir.

A Murambi, près de Gikongoro, à une vingtaine de kilomètres de la prison, un ancien établissement scolaire abrite un mausolée où gisent des victimes du génocide, allongées sur des tréteaux posés dans les salles de classe désaffectées. Les corps – plus de 50 000 – avaient été entassés si serrés dans les fosses communes qu’ils se sont momifiés. Passés à la chaux blanche pour une improbable conservation, les gisants de Murambi sont l’insoutenable reproche de l’humanité violée. Comme celui de leurs bourreaux, leur témoignage dépasse l’histoire sanglante du Rwanda et son instrument Hutu-Tutsi. Les mains implorantes de Murambi s’adressent autant aux indifférents, qu’aux ordonnateurs, aux exécutants ou à ceux qui les ont soutenus. En réponse, le déni de responsabilité alterne avec la demande de pardon. Mais il y a aussi de la honte à porter les yeux sur les suppliciés de Murambi. Les défunts semblent dire que leurs corps convulsés dans la souffrance ne doivent servir personne, pas même pour instruire les hommes.

«Au Rwandail y a trois races, Hutu, Tutsi et Twa», assure Jean-Baptiste, qui pense que «le gouvernement actuel a exterminé cette distinction». Etrange vocabulaire d’un homme obéissant qui avoue seulement avoir «tué une fille à coups de bâton», dans la région de Bisesero. «J’ai tapé dessus avec peur. Celui qui m’avait obligé à le faire l’a ensuite découpée à la machette», dit-il, poursuivant, «moi j’avais peur d’être tué par ce gaillard. Après je suis resté à la maison pour éviter de le faire». Il était donc quand même possible de ne pas tuer, «mais le gouvernement est plus fort que nous. Si nous n’obéissons pas, qui serons-nous». Toutefois, «être en prison pendant des années, c’est terrible, je ne peux pas recommencer», disent de nombreux détenus. La sanction leur a au moins appris qu’exterminer une communauté, «tuer tous les Tutsi, ce n’était pas possible. Dieu ne peux pas l’admettre».

Au Rwanda, les responsabilités individuelles semblent s’être dissoutes dans un système totalitaire qui remonte à loin. Veillant déjà sous la monarchie au respect absolu de son autorité sur la moindre colline, descendant sous Habyarimana jusqu’à des chefs de cellule tout dévoué, les régimes successifs ont en même temps quadrillé les esprits, imposant leur propre idée du Bien et du Mal, du diable et du bon dieu. Cela n’absout personne. Le Rwanda est un Etat-Nation anciennement ancré sur un territoire dont les habitants partagent les mêmes collines, la même langue, la même culture. Cette homogénéité aurait pu prendre valeur de force unitaire. Mais si le peuple rwandais en a fait un malheur, c’est peut-être parce qu’il a été trop longtemps interdit de parole, privé de la liberté d’exprimer ses aspirations ou ses mécontentements. Alors, nul doute qu’au Rwanda, le «plus jamais ça» exige plus que jamais la liberté de conscience, le droit d’être en désaccord sans tuer pour autant, celui de participer sans crainte aux choix de société qui gouverneront, sinon la réconciliation, du moins la vie commune des banyarwanda, les gens du Rwanda.

Source: Monique  Mas

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